From Bad Boys to New Men? Masculinity, Sexuality and Violence in the Work of Éric Jourdan by Owen Heathcote (review)
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From Bad Boys to New Men? Masculinity, Sexuality and Violence in the Work of Éric Jourdan. (Modern French Identitites, 113.) By Owen Heathcote. Oxford: Peter Lang, 2014. xxiv + 250 pp., ill.

La littérature française de la seconde moitié du vingtième siècle jusqu’à aujourd’hui regorge d’auteurs qui ont considérablement renouvelé le traitement de l’homosexualité masculine: on pensera, entre autres, à Jean-Louis Bory, Guy Hocquenghem, Renaud Camus, Hervé Guibert, Philippe Besson, Guillaume Dustan et, plus récemment, Édouard Louis avec la révélation de son roman En finir avec Eddy Bellegueule (2014). Mais s’il est en un qui a bien failli nous échapper et qui, telle la lettre volée de Poe, était sous nos yeux tout en passant inaperçu, c’est Éric Jourdan. Le mérite du livre d’Owen Heathcote consiste à se pencher en archéologue sur la publication d’une trentaine de textes embrassant des genres aussi divers que le roman, les contes pour enfants, ou la nouvelle, et s’étalant sur plus d’un demi-siècle depuis la première édition privée des Mauvais Anges (1947/48), oeuvre qui sera doublement ‘couronnée’ par la censure en 1956 et 1974. L’Introduction sonde les raisons de ce possible silence autour de l’oeuvre de Jourdan: le contenu explicitement érotique d’une partie de ses romans, le statut de fils adoptif de Julien Green, plaçant Jourdan sous la bienveillance et l’ombre de son père, enfin la personnalité solitaire de l’auteur, qui, tout en vivant à Paris, a fui comme la peste les mondanités des cercles littéraires. Jourdan s’impose incontestablement, aux côtés d’un Georges Bataille ou d’un Pierre Guyotat, comme un grand styliste de l’érotisme de langue française, avec cette caractéristique peu ordinaire de présenter d’une part un érotisme affranchi des questions de la honte et de l’abjection, et d’autre part de désenclaver le désir du binarisme homo–hétérosexuel. Loin des amours coupables d’un Marcel Jouhandeau ou de l’inversion de la honte par une folle flamboyante à la Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet, le scandale de l’oeuvre de Jourdan consiste à laisser s’écouler le plaisir homoérotique sans jamais se soucier de question morale: ‘the perversity of Jourdan’s texts might lie in their very avoidance of perversity and that their position in relation to “littérature maudite” might, paradoxically, lie in their eschewal of taboo’ (p. 26). Outre l’originalité de Jourdan dans le champ de la littérature érotique, le livre de Heathcote contribue pour la première fois à une vue d’ensemble de l’oeuvre dont la diversité touche aussi à d’autres thèmes: ainsi la trilogie Charité, Révolte et Sang (1985–92), qui s’inscrit dans la veine du roman russe, développe des questions plus métaphysiques qu’érotiques, tandis que Sans lois ni dieux (2010) permet de penser l’oeuvre de Jourdan à travers le prisme de l’anarchisme. On l’aura compris, Heathcote n’a pas simplement exhumé un auteur majeur de notre époque, mais permet désormais à la recherche universitaire d’explorer le dédale d’une oeuvre qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Maxime Foerster
Southern Methodist University
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