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Jean Perrot: celui qui aime recommencer
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Jean Perrot:
celui qui aime recommencer
Perrot, Jean. Du jeu, des enfants et des livres à l’heure de la mondialisation. Paris: Cercle de la Librairie, 2011. 448pp. 34€. ISBN 978-2-7654-1011-9. Imprimé.
Nières-Chevrel, Isabelle, et Jean Perrot, dirs. Dictionnaire du livre de jeunesse: la littérature d’enfance et de jeunesse en France. Paris: Cercle de la Librairie, 2013. 990pp. 89€. ISBN 978-2-7654-1401-8. Imprimé.

Après avoir mentionné ses quatre petits-enfants, c’est « à celles et à ceux qui aiment recommencer » que Jean Perrot choisit de dédicacer Du jeu, des enfants et des livres à l’heure de la mondialisation. De fait, il s’agit bien pour lui de remettre le métier sur l’ouvrage: l’introduction confirme qu’il entend revenir sur les problématiques abordées dans Jeux et enjeux du livre d’enfance et de jeunesse, publié en 1999. Dans la continuité de cet ouvrage, Perrot continue à se positionner en critique « ludiste », ce qui ne consiste [End Page 151] pas à adopter—à supposer que cela soit possible—le point de vue de l’enfant, mais qui implique au contraire une « mise à distance et une conscience permanente des spécificités de son imaginaire ludique » (11). Il estime nécessaire de revenir sur les thématiques et les conclusions du précédent livre en raison des évolutions complexes qui se sont produites depuis, résumées—de façon peut-être un peu réductrice—par la référence dans le titre à « l’heure de la mondialisation ».

Perrot entend ainsi prendre en compte une série de tendances dont la plupart, déjà évoquées dans Jeux et enjeux, sont confirmées, voire amplifiées, une décennie plus tard. La « société du spectacle » de Guy Debord et « l’ère du visuel » de Régis Debray sont présentes en filigrane dans une étude qui fait large place à l’image, fixe et animée, et à son rapport au texte. Mais l’auteur inscrit aussi sa démarche dans la suite des réflexions menées par Marc Augé sur les transformations des relations sociales dans Le sens des autres (12), ou de celles d’Alain Cotta sur la montée en puissance de la « société ludique » et les implications, fastes ou néfastes, du phénomène (13). Dans sa très riche introduction, Perrot rappelle par ailleurs que la reconnaissance théorique et le respect pratique des droits de l’enfant peuvent être érigés en critères pour mesurer le degré de démocratie et d’égalité atteint par une société, mais qu’il est nécessaire dans toute appréciation de garder à l’esprit la diversité des cultures et de leur discours sur l’enfance, comme l’ont fait Paul Hazard jadis et plus récemment Emer O’Sullivan (16). S’appuyant aussi sur les travaux de Giorgio Agamben et de Zygmunt Bauman, Perrot déclare comme ambition de répondre à la question suivante: « la littérature de jeunesse est-elle au service des forces du Marché ou n’a-t-elle pas pour fonction que de les contester au nom des valeurs de la liberté ? » (16), avant de présenter les pistes de réflexion qu’il se propose d’explorer.

Intitulée « État des lieux sur la recherche sur la littérature de jeunesse en ce début de millénaire », la première partie du livre a pour objet d’examiner ce que l’auteur appelle « composition française et recomposition dans l’international » (25). Le premier terme renvoie à l’ouvrage de Mona Ozouf où l’historienne, dans le sillage de sa contribution aux Lieux de mémoire de Pierre Nora, mais aussi en référence à sa propre enfance « de petite Bretonne de Plouha » (27), revient sur le « roman national » français et s’interroge sur les résistances qui persistent encore vis à vis des langues et des cultures dites « minoritaires »: pour elle comme pour Perrot, il faut accepter, voire célébrer, la pluralité des identités dont chacun(e) peut se réclamer. Reprenant un thème qui lui est cher...