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Transtextualité et construction de la sexualité: la Satyra sotadica de Chorier Lise Leibacher-Ouvrard D U XVIIe SIÈCLE À NOS JOURS, les vertueux qui ont vitupéré contre 1’“ infâme” Satyre sotadique de l’avocat dauphinois Chorier n’en ont guère consacré que la célébrité. Mais si ce texte publié en latin vers 1658 et augmenté vingt ans plus tard a pu, à juste titre, être appelé le “ classique” de la pornographie,1il le doit autant à ses origines, à sa facture et à sa représentation du désir féminin qu’à son avenir illustre. A définir la transtextualité ainsi que l’a fait Gérard Genette, comme tout ce qui met un texte “ en relation, manifeste ou secrète, avec d’autres textes” ,2 Chorier en pratique les diverses com­ posantes en artiste confirmé. Mettant en œuvre un arsenal inter- et métatextuel important composé d’allusions, citations et commentaires, affichés ou voilés mais de toute façon dévoyés; y joignant des manipula­ tions paratextuelles titulaires, pré- et post-facielles discrètement signées qui font endosser par d’autres l’autorité scandaleuse de dialogues osés; prônant le bien-fondé de dissimuler tout en mettant en scène l’intimité, cette Satyre s’inscrit à plus d’un égard dans le cadre de l’obscénité pour qui s’attache au jeu plaisant d’étymologies sans doute toujours quelque peu faussées.3 * * * Le titre des premières éditions latines—Saty(i)re sotadique de Luisa Sigéa sur les arcanes de l ’amour et de Vénus, écrite par Sigéa en espagnol, rendue en latin par Meursius4—est une série d’appels discrets aux lecteurs avertis. Sans doute le nom de Sigéa, énoncé en premier, pouvait momentanément tromper, laissant penser à l’une des œuvres de la jeune Ibérique que Guillaume Postel avait décrite comme “ ce Parangon, qui aujourd’hui en Portugal par le savoir de diverses langues et d’humaines sciences, surmonte non seulement toutes les femmes, mais par aventure tous les hommes de son siècle” ; et la confusion était d’autant plus possible que Sigéa avait écrit en 1552 un dialogue sur la vie de cour et de retraite, et que ces entretiens en latin, tissés de citations, se tenaient entre deux jeunes Italiennes, comme chez Chorier.5Cependant, VOL. XXXV, NO. 2 51 L ’E s pr it C réa te u r dans le titre que choisit ce dernier, la mise en relief de la femme qui s’écrit, en vernaculaire qui plus est, laisse entendre une production doublement intime, et ce genre d’intitulé, Nancy K. Miller l’a démontré,6 est précisément celui que privilégiera la littérature érotique au XVIIIe siècle pour établir rapidement la connivence avec les lecteurs masculins. Mais, chez Chorier, outre la mention de Vénus, ce sont surtout les termes Satyre Sotadique qui laissent entendre qu’il s’agira ici d’un féminocentrisme douteux. Cette double identification architextuelle est trouble à plusieurs points de vue. A cette époque, on le sait, le terme “ saty/i/re” pouvait renvoyer non seulement à des “remontrances sur les vices du siècle” mais à un “ ouvrage impudique et licencieux” .7Quant à Sotadès, les initiés pouvaient le savoir, par les Epigrammes (II, 86) de Martial entre autres, cinède et compositeur de vers d’une grande obscénité. Lors­ qu’une réédition de cette Satyre (BN Enfer 258) tiendra à la préciser aug­ mentée d’entretiens dits “ fescennins” et donc annoncés quelque peu licencieux, le lecteur n’aura plus guère à douter. Le 4 février 1682, François de Maucroix s’exclamerait dans une lettre à Favart: quel livre court secrètement par Paris! VEscole desfilles, bagatelle! Arétin, livre honnête! il n ’y a point de vestale, je l’en défie, fût-elle vestale mille fois, qui puisse tenir contre, qui ne rompe son voeu et en diligence encore! il est écrit en latin, et autrefois on l’a vu à Reims. Je n’oserais en dire le nom, je tiens que c’est un blasph...

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