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SCIENCES HUMAINES 6 13 totale de l'homme».Derriere I'humour (noir) qui fuse it chaque ligne de ce petit livre se cache une vision pessimiste de Ia realite : "Une merveilleuse existence de vache it Iait multirackettee s'offre it vous, perspective infinie de bugs en cascade et d'absurdites branchees qui feront ressembler Le proces de Kafka it une aimable bluette pour enfants». Aux cyberserfs que nous sommes, il reste Ia revolte contre "Ie gangsterisme electronique en costard-cravate ». Cette revolte commence par une denonciation radicale du systeme et s'appuie sur Ia conviction que tout monopole est fragile, en fait, et peut s'effondrer it partir du moment ou Ies gens n'y croient plus. Une autre forme de resistance est d'agir au niveau individueI, par resistance passive: "Pirater un logiciei Microsoft n'est pas illegitime, c'est un acte civique». Professeurde multimedia dans un college montrealais, I'auteur a publie en 1998 un ouvrage de fiction speculative, Dose letale il Lutece Land. Cette fois, c'estenadoptant uneposture d'imprecateur qu'ilexplore notre avenir proche. Ecrit dans un style vif et incisif, cultivant Ies formules lapidaires et lesneologismes etincelants,cetouvrage releve plusdu feu d'artifices verbal que de I'essai : plutot que de convaincre par des exposes solides et minutieux,ilseduitparunjetcontinu defusees rhetoriques qui eblouissent -Ie temps de leur trajectoire. (CHRJ5TIANVANDENDORPE) Lefranfa is, une langueaapprivoiser. Textes des conferences prononcees au Musee de la civilisation (Quebec, 2000-2001), s. la dir. de Claude Verreault, Louis Mercier et Thomas Lavoie Quebec, Les Presses de l'Universite Laval, 113 p. Ce petit fascicule renferme six des huit conferences prononcees au Musee de la civilisation de Quebec en 2000-2001, precedees d'une presentation de Claude Verreault. Cette derniere donne Ie ton du volume: " Des universitaires ont'ete invites it repondre, en termes clairs et accessibles, aux principales questions que se posent les Quebecois sur cette grande langue qui leur appartient et qu'ils partagent avec des millions d'autres usagers.» Dans quelle mesure ces specialistes ont-ils done repondu it cet appel, en se mettant it la portee de leur public? La premiere conferenciere, Henriette Walter, de I'Ecole pratique des Hautes etudes de Paris, est une vulgarisatrice chevronnee. Son texte, intitule "Le fran~ais de Franceet d'ailleurs :unite et diversite» et qu'elle qualifie de " survol rapide de la langue fran~aise entre unite historique et diversite geographique », fera Ie delice de tout professeur de Iycee ou d'universite donnant un cours sur I'histoire et la variete de la langue fran~aise. Dans une synthese claire richement illustree d'exemples bien choisis, Walter aborde tour it tour les themes suivants: "Le fran~ais, langue accueillante», «L'accent», «Le lexique», «La grammaire», «La langue franUNIVERSITY OF TORONTO QUARTERLY, VOLUME 73, NUMBER 1, WINTER 2003/4 614 LEITERS IN CANADA 2002 ~aise et la dimension geographique», «Des mots qui evoquent des lieux»,« Paris, zone de depart et centre de diffusion », « Paris-terroir et Pariscreuse !», «Le fran~ais, riche de sa diversite». II n'est pas inutile de citer ici, pour Ie rappeler aux Nord-Americains qui parlent trop facilement du«Pareesian French», ce que dit Walter au sujet de la distinction qu'elle fait entre Paris-terroir et Paris-creuset: «En ce qui conceme la langue fran~aise, il n'est pas exagere d'affirmer qu'il y a deux Paris, car on peut y voir ala fois une region comme les autres, un terroir ou des formes linguistiques particulieres ont vu Ie jour, et un lieu de rencontre incomparable, ou viennent interagir mille formes importees, venues de plus ou moins loin. » Le texte est suivi de deux annexes tres utiles sur «Ie fran~ais dans Ie monde» (un tableau indiquant les Etats ou Ie fran<;ais est reconnu comme langue officielle) et < de statut du fran<;ais dans les organisations intemationales». Dans « La francophonie canadienne : entre Ie mythe et la realite », Charles Castonguay, du Departement de mathematiques et statistique de l'Universite d'Ottawa, demontre clairement et de fa<;on convaincante, a I'aide de graphiques venant illustrer chaque argument, que Ie fran<;ais est en regression par rapport al'anglais, de fa<;on absolue et sur tous les plans: aI~echelle du Quebec comme dans tout Ie Canada, parmi les irnrnigres allophones comme parmi les francophones, chez les jeunes francophones notamment, mais egalernent chez les francophones plus ages qui sont en contactavec l'anglais, parmiles gens dontle fran<;ais est la langue premiere cornrne aussi parmi ceux qui Ie padent comme une langue seconde. Belle demonstration de I'assimilation linguistique. La conference de Louis Mercier (Universite de Sherbrooke) sur « Le fran<;ais, une langue qui varie selon les contextes » donne I'impression d'etre extraite, sans reference au contexte d'origine ni dans Ie texte ni dans la bibliographie, d'un debat qui dure depuis longtemps et qui n'est pas encore arrive aterme. On reste donc insatisfait devant ce texte allusif sans forme finie. Un exemple du caractere fuyant du propos de Mercier: «On peut aussi mentionner Ie cas du mot breuvage que les Quebecois pourront percevoir differemment selon qu'ils sont informes ou non des critiques emises ason sujet et selon l'importance qu'ils accordent aces critiques. » Quelles critiques? Le lecteur doit chercher ailleurs pour Ie savoir (la bibliographie n'est d'aucune utilite), comme il devra aller chercher ailleurs pour donner un sens aune bonne partie du reste de I'article. Avec «Le Saguenay-Lac-Saint-Jean: une region particulierement bien etudiee du point de vue linguistique» de Thomas Lavoie (Universite du Quebec aChicoutirni), Ie pari de la clarte et de I'accessibilite est tenu. Lavoie nous offre une synthese tout aussi satisfaisante que celle de Walter. La conference est articulee autour de deux themes principaux: un historique des «principaux travaux realises» - dontnotamment deux enquetes dialectologiques, la premierede Gaston Dulong,la seconde du conferencier lui-meme - et une discussion sur les «origines et caracteristiques lexicales UNIVERSITY OF TORONTO QUARTERLY, VOLUME 73, NUMBER I, WINTER 200)/4 SCIENCES HUMAINES 615 des parlers du Saguenay-Lac-Saint-Jean». Une bibliographie tres foumie aidera Ie lecteur it approfondir les differents aspects du sujet traite par Lavoie. Abordant un sujet comme « Attitudes, prejuges et opinions sur la langue», Marty Laforest (Universite du Quebec it Trois-Rivieres) aurait eu . besoin d'une approche globale au moins methoctique sinon scientifique pour eviter les lieux conununs et Ie caractere decousu d'une bonne partie de sonpropos. Le lecteur trouvera neanmoins interessantela discussion sur la methode du < docuteur masque» ou «faux couple» de Wallace Lambert et I'application qui en a ete faite dans les annees 1960 a I'endroit des attitudes linguistiques des anglophones et des Francophones montrealais. On pretera aussi une attention particuliere it ce que dit Laforest sur la distinction importante entre «langue» et «langue standard» dont nous citons ici la fin: «L'ecole ne donne pas une langue a ceux quin'en auraient pas. Elle donne un code qui permet de lire Ie monde, la cIe de la memoire de I'humanite consignee dans les livres et, par la, elle dote l'eleve d'un puissant instrument d'emancipationetdepromotionsociale. Savoiretfaire savoir que ce code n'est pas LA langue redonne leur digniM aux parlers populaires- qui en ont besoin- et ne ctiminue en rien I'importance de son enseignement. » . La demiere conference, «Fran~ais en usage au Quebec et ctictionnaires» d'Esther Poisson (Universite Laval), offre une autre synthese, un peu courte, cette fois-ci de la «description lexicographique du fran~ais en usage au Quebec », accompagnee d'une bonne bibliographie (It laquelle il conviendrait d'ajouter au moins: Annick Farina, Dictionnaires de langue fram;aisedu Canada: lexicographieel societeau Quebec, Champion, 2001). Deux remarques sur sa classification. Les «ouvrages con~us d'abord pour les Fran~ais», classes sous «approche generale ou globale », devraient plutot etre ranges sous «approche ctifferentielle», puisque les usages quebecois quiy sontfonsignes Ie sont uniquementparcequ'ils sontdifferentsde ceux du fran~aisde France. D'autre part, Ie ctictionnaire de Belisle, en ce qui conceme les usages canadiens, serait a considerer conune ouvrage prescriptif et non descriptif: ces unites sont etiquetees, soit conune canadianismes litteraires approuves par l'Office de la langue fran~aise, soit comme canadianismes famillers ou foikioriques, soit enfin conune mots a proscrire. Poisson faitune belledemonstration de I'accueilaccorde auxmots farnillers dans Ie Pelit Robert, ouvrage de reference pour Ie fran~ais de France, attitude qui contraste avec la tendance frileuse de la lexicographie quebecoise a ce sujet. L'auteure plaide pour l'inclusion dans Ie dictionnaire utilise al'ecole de ce que Laforest appelle «la langue » (celle du locuteur, avec ses usages farnillers et populaires) pour mieux et plus pertinemment asseoir la «langue standard», surrepresentee dans les ouvrages lexicographiques approuves par Ie ministere de I'Education. UNIVERSITY OF TORONTO QUARTERLY, VOLUME 73, NUMBER 1, WINTER 2003/ 4 616 LETTERS IN CANADA 2002 En somme, un petit recueil qui devrait interesser a la fois Ie lecteur curieux et Ie professeur de langue ou de linguistique. (RUSSON WOOLDRIDGE ) Fran!Jois Hebert, POllr orienter les fleches. Notes sur la guerre, la langue et la foret Montreal, Trait d'union, coU. Echappees, 22) p., 24,95$ Le sous-titre de I'ouvrage de Fran~ois Hebert, Noles sur la guerre, la langue ella joret, indique bien Ie traitement qui est reserve aux nombreux sujets que l'auteur aborde dans ses camets. II s'agit de notes, d'impressions (d'improvisations?), de penseeslivrees dans une serie de cinqcamets, a michemin entre Ie journal et I'essai, jamais tres loin de la poesie. Apres une breve premiere partie qui s'ouvre « durant les Jeux Olympiques de Sydney», Ie reste couvre la periode allant du mois d'avril au mois de decembre 2001, qui inclut la saison de la chasse. Celle-ci donne tout son sens au titre: les fleches (terme polysemique) a orientersont d'abord celles du chasseur. Mais quiconque ecrit un camet dont une des intentions consiste a commenter I'actualite durant I'eteet l'automne 2001 nepeut faire abstraction des evenements du 11 septembre. En effet, Hebert s'y attarde longuement, et y revient souvent dans son livre. On a deja decrit Fran~ois Hebert comme un ecrivain primesautier ; I'epithete semble lui convenir parfaitement dans Pour orienler les jleches. Si I'ensemble se lit comme un essai libre, une pensee personnelle pleinement assumee, iI reste inacheve, tributaire en cela d'une structure textuelle quelque peu brouillonne. D'entree de jeu, Hebert se montre critique, voire caustique dans son commentaire sur I'actualite, ecorehant au passage Radio-Canada, Ie Canada anglais, les Etats-Unis. Les pages les plus lucides sont sans doute celles qu'iI a consacrees a I'apres 11 septembre 2001. II ne manque pas de souligner la rhetorique guerriere de I'empereur Bush a la suitede I'attaque, ainsi que les invraisemblancesetles contradictions de sondiscours, comme celles des medias. II s'aventure toutefois'sur un terrain plus glissant en allant au dela d'une condamnation des terroristes islamistes: II faut essayer de comprendre Ie fanatisme.11 ne sert arien de tuer les fanatiques par un fanatisme de rebond. II fautcommencer par se regardersoi-meme dans la glace. LesAmericains Iefont, maisdans uneglacede leurinvention,:t leurimage. C'est la television. Loin de reprendre la desormais celebre phrase de JeanMarie Colombanidans LeMonde Ie lendemain de I'attentat, «Nous sommes tous Arnericains », Hebert tient a marquer clairement la distance qui Ie separe de la culture imperialiste americaine. Au fiI de I'ecriture, Hebert convoque philosophes et theoriciens (Sartre, Bourdieu, Derrida, Lacan, Anzieu) envers qui iI temoigne une certaine UNIVERSITY OF TORONTO QUARTERLY, VOLUME 73, NUMBER 1, WINTER 200)/4 ...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 613-616
Launched on MUSE
2014-07-02
Open Access
No
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