Proust, the One, and the Many: Identity and Difference in À la recherche du temps perdu by Erika Fülöp (review)
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Fülöp, Erika. Proust, the One, and the Many: Identity and Difference in À la recherche du temps perdu. London: Legenda, Modern Humanities Research Association and Maney Publishing, 2012. Pp. 204. ISBN: 978-1-907975-32-5

C'est à une tâche ambitieuse que s'attelle Erika Fülöp dans Proust, the One, and the Many: Identity and Difference in À la recherche du temps perdu, à l'origine une thèse de doctorat soutenue à l'université d'Aberdeen en 2009. Elle s'efforce en effet d'y présenter une lecture du roman de Proust qui concilie les deux perspectives philosophiques apparemment opposées qui ont dominé la critique proustienne ces dernières années. Commençant par constater les tensions découlant de la double perception du monde de la part du narrateur proustien, qui tantôt peut expliquer ce monde de façon claire et cohérente et tantôt apparaît désarmé devant la complexité de la réalité quotidienne et surtout devant celle des êtres humains, elle affirme que cette double perception n'est nullement contradictoire, mais s'inscrit dans un système de pensée parfaitement logique. Pour le démontrer, elle s'appuie sur deux concepts philosophiques qu'elle nomme Identité et Différence, d'où le titre de l'ouvrage, et qui reflètent les deux perspectives du roman. Le concept d'Identité est emprunté au philosophe allemand Friedrich Schelling alors que celui de Différence renvoie notamment au sens dans lequel le mot a été utilisé, avec un "e" et avec un "a," par Gilles Deleuze et Jacques Derrida, même si les deux mots sont également employés dans leur sens plus classique, sans majuscules. En tout cas, comme Schelling, Deleuze [End Page 343] et Derrida, Fülöp rejette le dualisme qui oppose superficiellement les deux concepts et entend démontrer en fait que les deux perspectives en question s'intègrent dans un tout cohérent.

L'ouvrage compte quatre chapitres. Dans le premier Fülöp s'intéresse à quatre moments privilégiés du roman de Proust (l'épisode de la madeleine, les clochers de Martinville, la musique de Vinteuil dans La Prisonnière et les souvenirs involontaires du Temps retrouvé) et montre que, selon le point de vue choisi, ils peuvent être considérés aussi bien comme des épiphanies littéraires que comme des expériences mystiques. Elle s'attache principalement à la seconde perspective et, s'aidant des théories de Schelling, établit que les moments en question sont similaires aux intuitions et aux phénomènes qui se trouvent à la base de la philosophie de l'Identité. C'est le cas également des expériences proustiennes qui constituent le sujet du chapitre suivant, qu'elle appelle les "états de conscience liminaux," tels que celui où Marcel se trouve à la frontière du sommeil et du réveil, celui où sa conscience est affectée par l'alcool à Balbec et celui où il regarde Albertine dormir. Dans ces trois cas, en effet, on retrouve le concept d'Identité puisque ces expériences posent le problème de la distinction entre le moi et le non-moi et celui de l'unité de la personne, problèmes qu'elle étudie à la lumière des idées de Schelling ainsi que des concepts de "l'être brut" et de "la chair du monde" qu'elle trouve chez Maurice Merleau-Ponty. Ces deux chapitres révèlent ainsi que les expériences décrites "provide [the narrator] with a perception of the world as a unity and of himself as belonging to that unity" (103).

Par contraste, dans le troisième chapitre, l'auteur s'intéresse au concept de Différence tel qu'il se manifeste dans la difficulté qu'éprouve le narrateur proustien à déchiffrer le monde autour de lui et particulièrement le personnage complexe d'Albertine, laquelle lui envoie une série de signaux multiples qu'il est incapable de réconcilier. Elle y montre également que les diverses stratégies pour résoudre la question de l'altérité de l'Autre qu'ont proposées les philosophes...


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