Alexandre Privat d'Anglemont: le funambule by Willy Alante-Lima (review)
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Alante-Lima, Willy. Alexandre Privat d'Anglemont: le funambule. Paris: Éditions du Parc, 2011. Pp. 207. ISBN: 978-2-84280-198-4

Quand Willy Alante-Lima a publié ses premiers ouvrages sur la littérature guadeloupéenne (Clefs pour Guy Tirolien, 1990; Guy Tirolien: l'homme et l'œuvre, 1991), il a consulté une abondance de sources disponibles, y compris Guy Tirolien lui-même, qu'il a interviewé au sujet de sa vie, sa poésie et ses contes. En revanche, sa biographie d'Alexandre Privat d'Anglemont (1815-1859) est le fruit d'un véritable travail d'archéologie historique bien plus difficile, car il a dû fouiller dans un grand nombre d'archives, de journaux, de manuscrits, de lettres et de mémoires du XIXe siècle pour reconstruire la vie littéraire et sociale du premier écrivain guadeloupéen qui ait atteint une certaine renommée en France.

Ces recherches ont été encore plus difficiles à réaliser parce que Privat d'Anglemont a publié ses écrits non seulement sous son propre nom mais aussi sous plusieurs noms de plume. D'ailleurs, puisqu'on doutait qu'il eût assez de talent pour faire de si beaux vers, on l'a accusé de s'être attribué des poèmes écrits par d'autres auteurs. Pour réhabiliter la réputation du Guadeloupéen, Alante-Lima consacre plusieurs pages à démontrer, d'après des évidences stylistiques et thématiques, qu'au moins quelques-uns de ces textes sont sans aucun doute le fruit de son imagination et de son talent.

Le petit Alexandre est né à Sainte-Rose en 1815, fils d'une mulâtresse libre et d'un père dont on ignore l'identité. Sa mère, qui était assez riche pour avoir deux propriétés, une maison, quinze esclaves et quatre domestiques, l'a envoyé en France, où il a fait ses études de baccalauréat au Collège Henri IV. Puisque sa famille semble avoir perdu une partie de sa fortune et ne pouvait plus le maintenir, il a gagné sa vie en écrivant des articles pour des revues et des journaux parisiens.

Privat d'Anglemont a pratiqué une assez grande variété de genres, y compris la poésie, la nouvelle, le vaudeville, le drame, le tableau de mœurs et les comptes-rendus de pièces de théâtre et d'expositions d'art. Alante-Lima dresse une bibliographie complète des écrits attribués et, à son avis, attribuables à son compatriote, qu'il compare à "ses contemporains et amis Balzac et Gérard de Nerval" (97) parce qu'il était surtout connu comme un chroniqueur de la vie populaire parisienne (Paris anecdote, Paris inconnu, Voyages à travers Paris). Il s'intéressait surtout à la vie du petit peuple: "Études sociales infiniment curieuses, les Petits métiers et les Industries inconnues resteront comme des livres les plus essentiels à l'histoire de ce temps-ci. Tableaux brossés brutalement, mais d'un effet saisissant, les descriptions de ces mœurs étranges [. . .] laissent avec une impression désagréable, une leçon qui ne se perd pas. [. . .] Il y a surtout une série d'observations exactes, vraiment réalistes, qui ont une haute signification, une grande portée morale, et sont un éloquent plaidoyer" (164-65). [End Page 310]

L'amitié de Privat d'Anglemont et Charles Baudelaire inspire son biographe à faire des conjectures intéressantes au sujet de collaborations possibles entre les deux écrivains. Certains éditeurs ont attribué au poète des Fleurs du Mal des vers que son ami a peut-être écrits, ce qui a suscité une "querelle des sonnets" célèbre. Selon Alante-Lima, il est possible que le poète antillais soit l'auteur d'un certain nombre de poèmes dont on attribue la paternité à son ami plus célèbre. Ce qui est plus certain, c'est que la nouvelle "La Fanfarlo" avait comme modèle "Une grande coquette." Alante-Lima introduit ce texte-ci dans son livre non seulement pour démontrer le talent de Privat d'Anglemont comme prosateur ou pour explorer le soi-disant plagiat de Baudelaire, mais aussi...


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