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  • Un passé trop présent:problématique(s) de la représentation et représentations problématiques de l'identité nationale, dans Mon Colonel de Laurent Herbiet
  • Carla Calargé

Les recherches faites, pendant les vingt dernières années, dans le domaine des études postcoloniales ont permis de montrer la continuité et les correspondances existant entre, d'une part, le discours de la colonisation, le regard impérial et la conquête coloniale, et d'autre part, le discours du patriarcat, le regard masculin, et la conquête amoureuse. Les nombreux parallèles qu'il est possible de tracer entre l'entreprise coloniale et le système patriarcal se trouvent ainsi être à la base de la construction sexuée de l'image et de l'identité nationales. Le cas de la France représente une parfaite illustration dans ce sens: pendant longtemps, et grâce à la féminisation systématique de ses colonies, la France s'est en effet forgée une image de virilité, de puissance et de protection qui allait de pair avec son discours sur sa mission civilisatrice.1

Or, que deviennent cette image et cette identité, lorsqu'après une longue histoire coloniale, l'empire est sur le point de s'écrouler? Et quelle sorte de transformation a subi l'image sexuée de la nation française quelque quarante ans après la perte de la dernière de ses colonies, celle qui, pendant longtemps, a représenté son joyau le plus précieux? Car, depuis 1848 et jusqu'à son indépendance, l'Algérie n'a pas le simple statut de colonie ou de protectorat comme les autres pays de l'empire français. Transformée après l'avènement de la IIème République en trois départements français, elle fait très vite partie intégrante de l'imaginaire national français. Bien plus, à de nombreux égards, elle est discursivement construite et perçue comme le double, à la fois [End Page 91] monstrueux (Ross 1995, 108) et séduisant, mais combien nécessaire à la formation identitaire de la France métropolitaine.2 C'est dans le cadre d'une telle approche que cet essai se propose de se pencher sur le film de Laurent Herbiet, Mon Colonel.

Sorti en 2006, et malgré l'obsession française pour la question algérienne caractérisant les quinze dernières années, le film est largement passé inaperçu et a été rapidement retiré de l'affiche. L'histoire se déroule sur deux époques et alterne les séquences du présent avec celles du passé. Les flashbacks sont filmés en noir et blanc et commencent généralement par la lecture, en voix-hors-champ, de quelques lignes d'un journal que Guy Rossi (Robinson Stévenin) a rédigé pendant son séjour de 6 mois en Algérie. Ce séjour se situe entre 1956 et 1957, après que l'Assemblée a voté les Pouvoirs Spéciaux (mars 1956). Après la mort de Rossi, son journal disparaît pendant une quarantaine d'années pour ne refaire surface qu'après le meurtre du colonel Duplan (Olivier Gourmet). C'est ainsi que le Lieutenant Galois (Cécile de France) peut en lire les chapitres qui lui arrivent au compte-gouttes par la poste. L'année n'est pas précisée, mais une photo de Mitterrand sur le mur indique qu'il est alors président de la République (on peut supposer qu'il s'agit de la première moitié des années 90). L'échec commercial de l'œuvre, surtout comparé à la médiatisation dont jouit, la même année, Indigènes (2006), est loin de s'expliquer par sa "maladresse"3 ou par un quelconque manque de qualité artistique. Il est plutôt à chercher dans le traitement des personnages, des thèmes et des questions soulevées par le film, tant il est vrai qu'il demeure difficile d'examiner certains aspects problématiques, non seulement de l'histoire française, mais aussi de l'identité nationale et de son articulation au moment présent.

A travers l...

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Additional Information

ISSN
1534-1836
Print ISSN
0098-9355
Pages
pp. 91-106
Launched on MUSE
2010-06-16
Open Access
No
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