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  • Durant la traversée : approches de la traduction dans Making the Scene de Louise Ladouceur et Translating Montreal de Sherry Simon
  • Catherine Leclerc (bio)

En 1990 paraissait Sociocritique de la traduction d’Annie Brisset, une étude sur la traduction du théâtre vers le français (ou plutôt, vers le « québécois ») effectuée au Québec de 1968 à 1988. L’ouvrage était innovateur à plusieurs égards. D’abord, il était le premier à appliquer à un corpus québécois le modèle fonctionnaliste de la traduction mis en place par Itamar Even-Zohar et Gideon Toury. Ensuite, il portait sur le théâtre, un genre riche en traductions mais négligé par les études littéraires tout comme par la traductologie. Enfin, à partir de ce corpus qui s’y prêtait bien – le théâtre étant le genre le plus directement collé à son contexte socioculturel –, il élargissait l’hypothèse fonctionnaliste en étudiant le fonctionnement des œuvres parmi l’ensemble des discours en circulation dans la société cible. Cette innovation allait en entraîner une autre : Brisset est parmi les premiers chercheurs à avoir abordé dans une perspective critique des pratiques jusque-là célébrées pour leur effervescence créatrice et pour le renouvellement du système littéraire québécois qu’elles avaient permis d’opérer. Entièrement préoccupées par les aspirations d’une société cible à se créer une littérature nationale, ces pratiques participent selon Brisset à une aventure de création de soi qui éclipse l’altérité.

Près de vingt ans après le constat radical auquel aboutissait Sociocritique de la traduction, Louise Ladouceur reprend, mais cette fois dans une perspective comparatiste, la méthodologie et le genre littéraire adoptés par Brisset, ainsi que plusieurs de ses conclusions. L’inscription de son Making the Scene : La traduction théâtrale d’une langue officielle à l’autre dans le cadre des littératures canadienne(s) et québécoise(s) comparées entraîne toutefois plusieurs conséquences dont une série d’autres choix faits par Ladouceur viendront faciliter le développement.

Dans son ouvrage, Brisset avait signalé le rapport problématique du Québec avec l’altérité anglophone, de même que ses résultats : des stratégies de traduction assimilatrices et un « dédain de l’institution littéraire du Québec envers la production théâtrale anglo-canadienne » (Brisset 47). Ladouceur, en se penchant sur la traduction d’une langue officielle à l’autre au Canada, se concentre sur le nœud de ce problème. En même temps, parce qu’elle l’envisage dans un cadre comparatif, c’est-à-dire en comparant la traduction vers le français de textes dramatiques canadiens-anglais avec celle de pièces québécoises vers l’anglais, [End Page 217] elle replace les stratégies québécoises de traduction dans un contexte qui tient compte non seulement du mouvement d’affirmation nationale dont certaines de ces stratégies se sont fait le relais, mais également « de la diglossie qui préside aux rapports entre les littératures d’expression anglaise et d’expression française au Canada » (Ladouceur 67). Là où Brisset observait le travail de l’idéologie, l’approche comparative replace cette idéologie dans le contexte du « rapport de force qu’entretiennent les littératures dramatiques écrites dans les langues officielles du Canada » (17).

L’adoption d’une optique diachronique contribue à une telle mise en contexte. Sur une période qui va des années cinquante à la fin des années quatre-vingt-dix, Ladouceur sélectionne cinq segments synchroniques et étudie dans chacun la traduction d’une pièce vers l’anglais et d’une vers le français. Elle montre que les enjeux de la traduction se modifient à mesure que les littératures sources évoluent et que les besoins des institutions emprunteuses se transforment. Ainsi, Ladouceur confirme que la traduction « iconoclaste, perlocutoire et identitaire » identifiée par Brisset (35) n’a représenté qu’un moment dans la dramaturgie québécoise. Certes, l’évolution a été plus lente du côté des traductions que du côt...

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Additional Information

ISSN
1911-0251
Print ISSN
0021-9495
Pages
pp. 217-226
Launched on MUSE
2009-12-19
Open Access
No
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