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Les Bons Enfants de la comtesse de Ségur: une leçon de littérature appliquée Isabelle Nières-Chevrel LA COMTESSE DE SÉGUR A TRÈS VITE PRIS l'habitude de dédier ses livres à ses petits-enfants. Les Nouveaux Contes de fées (1857) sont dédiés à Camille et Madeleine de Malaret. Il n'y a pas de dédicace dans Les Petites Filles modèles (1858), mais une courte préface renvoie aux deux mêmes petites-filles. C'est à partir des Malheurs de Sophie (1859) que la démarche devient systématique. Quand Ségur publie son septième livre, La Sœur de Gribouille dans les premiers jours de 1862, elle a déjà quatorze petits-enfants et deux sont à naître. Il est clair qu'elle ne pourra pas désormais tenir la cadence. Elle va donc imaginer un livre qui sera dédié à tous ses petits-enfants et dans lequel tous leurs prénoms seront donnés à l'un des personnages1. Le titre, Les Bons Enfants, qualifie à la fois les dédicataires et les héros; l'usage du pluriel est en accord avec la forme choisie, celle d'un recueil d'une vingtaine de saynètes, d'anecdotes et de récits2. Dans une lettre datée du 28 août 1861 et adressée à sa petite-fille Camille, Ségur écrit: «J'avais commencé il y a trois jours un livre que je ne ferai pas, parce que le sujet ne me plaît pas et qu'il ne peut en sortir aucune moralité. Je vais en commencer un autre, l'inconvénient des cancans, des commérages; j'ai des types excellents parmi des Russes de ma connaissance ...»3. Tout donne à penser que ce livre, elle l'a fait et qu'il s'agit des Bons Enfants: la date, la premi ère idée de ce qui allait être le livre suivant, Les Deux Nigauds^ et—chose remarquable—l'absence de perspective morale. Le manuscrit est soumis à Emile Templier en décembre 1861: «Je viens vous demander, Monsieur, votre opinion sur Les Bons Enfants et si vous les jugez dignes de figurer dans votre Bibliothèque rose»5. Le contrat est signé avec Hachette le 11 janvier 1862. Les Bons Enfants est pré-publié dans La Semaine des enfants du 13 août au 1er octobre 1862. Le recueil paraît en volume pour les étrennes de 1863; on y a rajouté en ouverture deux historiettes, publiées le 19 juillet 1862 dans La Semaine des enfants, mais qui ne portaient pas le titrage Les Bons Enfants. Le livre est loin d'être un chef d'œuvre. Ségur elle-même se perd dans l'abondance de ses personnages: Camille de Rouville (184) devient la fille de M. Éliant (280); Jeanne ne veut pas raconter d'histoire, mais c'est Henriette qui déclare en pleurant: «Tu vois bien que j'avais raison de ne pas vouloir raconter » (307)6. La romancière accumule dans la première moitié du recueil des 20 Winter 2005 Isabelle Nières-Chevrel historiettes sans grand intérêt, portées par des personnages peu individualisés. Mais l'utilisation de Camille, la plus âgée des enfants, pour raconter sur trois soirées un conte titré Esbrouffe, Lamalice et la souris, semble avoir soudain fait germer une idée, Vidée qui manquait à Ségur depuis le début de son entreprise . Cette fois, elle tient un vrai projet littéraire. Elle place dans la bouche d'Elisabeth la suggestion suivante: «Nous devrions tous raconter une histoire chacun à notre tour; c'est amusant!» (205). Le lecteur adulte reconnaît immédiatement la structure-cadre du Décaméron et de L'Heptaméron. Comme les personnages de Boccace sur dix jours, comme ceux de Marguerite de Navarre sur sept jours, les «bons enfants» vont, pendant six soirées consécutives , se raconter des histoires les uns aux autres7. Cet Hexaméron enfantin occupe quasiment toute la seconde moitié du volume. Il s'ouvre avec la proposition d'Elisabeth et se clôt lorsque Léonce réplique un peu...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 20-33
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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