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Perdre terre: La poésie de César Moro Modesta Suárez et Daniel Vives D'une page ouverte L'immensité bleue Délie les cheveux Ivre je suis de ton nom Dans chaque Âœil les plumes Mouillent au large César Moro, Pierre des soleils «y^ÉSARMOROEST-ILUNPOÈTEHISPANO-AMÉRICAIN?»1 I C'est par ce doute rhétorique que José Miguel Oviedo introduit la ^^^question de l'inclusion problématique de César Moro (Lima, 19031956 ) dans les lettres péruviennes d'abord, hispano-américaines ensuite. Cette difficulté à situer César Moro est identique lorsque l'on se penche sur son Âœuvre et qu'on l'observe depuis la France. En effet, tous les recueils publi és avant 1956 sont écrits en français et profondément marqués par l'empreinte surréaliste, qu'il s'agisse de Le Chateau de Grisou (1939-1941) édité au Mexique en 1943, de Lettre d'amour (1942), plaquette publiée également au Mexique en 1944, ou de Trafalgar Square (1953), le seul recueil paru de son vivant à Lima2. Et, bien que son appartenance au groupe surréaliste et que sa relation amicale avec André Breton soient largement démontrées et reconnues , son nom ne figurera que tardivement dans les multiples anthologies de poésie surréaliste. César Moro est pourtant présent, dès 1933, dans diverses publications du groupe dont une de celles qui défraya la chronique et fut interdite en France—l'édition fut belge—lorsque les surréalistes rendirent hommage à Violette Nozières, accusée de parricide et victime d'inceste. Ces quelques vers qui appartiennent aux débuts de la production de César Moro en français n'en montrent pas moins, déjà , une création prometteuse: Le lait d'éther violet trahit Le sinistre liquide de toilette de noces Où l'inceste mène à la bière Qui nie les insectes dévorants Les sérieux horizons Im notion des rizières' Avant de revenir sur le choix d'une écriture poétique essentiellement en français—mais il faudrait s'interroger sur la question de la répartition des 86 Summer 2004 Suárez et Vives langues dans son Âœuvre (et des fonctions de ces langues d'où l'anglais n'est pas absent)—, il nous semble nécessaire de resituer César Moro qui n'a bénéfici é d'une reconnaissance de la part de ses contemporains, péruviens et autres, qu'après sa mort. Que l'espace de cette revue nous permette de rappeler brièvement un destin d'écrivain qui, sans faire oublier d'autres expériences plurilingües, a longtemps fait figure de planète à part dans la poésie péruvienne et latino-américaine. Que ces quelques observations offrent un point de départ pour des relectures de l'Âœuvre française, délaissée maintenant au profit des poèmes posthumes, ceux écrits en espagnol. Des écarts multiples Chez César Moro, «écart de langue» et «écart d'identité»4 sont à prendre au sens propre: il y a d'abord l'adoption du nom qui deviendra, y compris pour ses proches, son identité définitive. Alfredo QuÃ-spez AsÃ-n signera ses premiers tableaux du nom de César Moro dès 1921. L'artiste modèle donc une identité qui définira désormais sa vie: peintre et poète habiteront sous le nouveau nom. Après avoir transformé son état civil, le choix de son départ pour la France constitue une rupture de plus. Et même si son voyage ne constitue pas un saut total dans l'inconnu5, il y va quand même d'un changement complet de vie. César Moro entreprend alors une Âœuvre de polygraphe, tout en maintenant une correspondance abondante avec divers poètes—un genre épistolaire qui constitue une des tonalités mineures de ses poèmes. Ceci ne l'empêche nullement d'avoir la plume acérée lorsqu'il écrit contre l'académisme dans les beaux arts au Pérou, ou lorsqu'il est franchement hostile à l'égard de la peinture indigéniste p...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 86-94
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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