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Un Cubain à Paris: Entretien avec Eduardo Manet Nour-Eddine Rochdi ROMANCIER, DRAMATURGE ET CINÉASTE, Eduardo Manet est, avant tout, un amoureux de la France. Né à Santiago de Cuba en 1930, il est citoyen français depuis 1979. Il est le seul parmi les écrivains cubains de l'exil à abandonner sa langue maternelle pour adopter le français, le considérant comme la langue de l'amour et de la liberté. En tant que dramaturge, il a écrit plus d'une vingtaine de pièces, parmi lesquelles: Les Nonnes (Prix Lugné-Poe 1969), Le Jour où Mary Shelley rencontra Charlotte Brontë (1979), L'Autre Don Juan (1974), Un Balcon sur les Andes (1979), Monsieur Lovestar et son voisin de palier (1996). Parmi ses romans on peut citer La Mauresque (Prix Jouvenel de l'Académie Française 1982), L'île du lézard vert (Prix Goncourt des lycéens 1992), Rhapsodie cubaine (Prix Interalli é 1996), D'amour et d'exil (Prix Relay 1998), La Sagesse du singe (2001), Maestro (2002). L'entretien fut réalisé à Paris, le 26 septembre 2003. —Avec un nom pareil on peut difficilement échapper à un rapprochement avec le peintre français. Avez-vous des origines françaises? —Je raconte tout cela dans mon prochain livre qui s'intitule Les Années Fidel; mais je l'avais déjà évoqué d'une manière romancée dans mon ouvrage La Sagesse du singe, où je parlais d'un jeune Portoricain dont le père, chanteur de boléro, s'appelait Mauricio Gómez-Ravel. Le fils, qui porte le nom et le prénom de son père, écrit des poèmes, et ne veut pas utiliser le nom de son père auquel il aurait ajouté «Junior». S'il rejette cette pratique, c'est au nom de ses convictions de révolutionnaire anti-yankee. Aussi devient-il Mauricio Ravel. Mon propre père s'appelait Eduardo González-Manet, et affirmait que nous descendions du peintre français, ce qui me faisait souvent sourire. Il m'avait promis de me montrer un jour l'arbre généalogique prouvant ces allégations, mais il est malheureusement mort avant, et je n'ai donc jamais pu le vérifier... Comme il était lui-même très connu en tant que journaliste, il m'a fallu trouver un subterfuge quand j'ai commencé à écrire, que ce soit des critiques ou des poèmes. Afin d'éviter qu'on me confonde avec lui, j'ai donc décidé de signer «Eduardo Manet», faisant disparaître le premier nom de mon père. Un tel choix pouvait cependant paraître extrêmement snob, mais en réalité peu de Cubains à cette époque connaissaient le peintre. En revanche, mon nouveau nom devenait un Vol. XLIV, No. 2 79 L'Esprit Créateur peu provocateur en France, et tout le monde se posait la question de mes liens possibles avec le peintre impressionniste. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle mon premier texte publié en France parut sous le nom de Eduardo G. Manet. —Nous reviendrons sur ce sujet plus tard. Pour l'instant, ce que vous racontez n'explique pas votre filiation avec Edouard Manet, si elle existe. —Puisque vous insistez, je vais vous raconter l'histoire, car il y en a une. Ça c'est passé à Londres, pendant mon premier séjour en Europe. Alors que j'étais à la Tate Gallery, je fus tout à coup attiré par un magnifique portrait de femme... C'était précisément un tableau de Manet, et en m'approchant je pus lire «Eva González». Je me suis aussitôt lancé dans des recherches à son sujet, et j'apprends bientôt qu'Eva González était l'élève et la maîtresse du peintre dans la période où Berthe Morisot était amoureuse de ce dernier. Mon père ressemblait un peu à Manet, les deux avaient les yeux clairs... Mon imaginaire s'est mis à entretenir et à développer le lien entre Manet et González et depuis, je rêve d'écrire un roman sur leurs amours. —Je me permets d'insister encore sur l'histoire de votre père: celle...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 79-85
Launched on MUSE
2010-06-24
Open Access
No
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