George Sand: Les Dames Vertes (review)
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Bordas, Eric. George Sand: Les Dames Vertes. Paris: Snark, 2002. Pp. 176. ISBN 978-2-9140-1523-3

La Merveillosité Sandienne Dans Les Dames Vertes

Quand le lecteur enfourche, le long des traînes du Val de Loire, le cheval du jeune héros de ce conte, il ne se doute pas qu'il va débarquer avec lui en pleine "merveillosité" sandienne. Cet enfant des lumières va en effet être soumis à deux expériences fantastiques, sous l'oeil amusé de l'écrivaine qui explore ici un aspect de l'irrationnel du folklore français, tout en l'animant d'un idéalisme bien à elle.

La danse folle de trois fantômes verdâtres, les "Dames Vertes," autour des offrandes rituelles - eau, sel, pain - dans une aile sombre du beau manoir où il vient conseiller [End Page 363] la maîtresse des lieux, reste lettre morte pour le jeune Nivières. Il n'a d'yeux que pour la toute charmante comtesse d'Ionis. Mais le deuxième enchantement, l'exquise, l'exaltante apparition, dans la galerie illuminée de la lune, d'une Néréide de marbre qui surgit, ruisselante, d'une fontaine et qui s'anime jusqu'à discourir devant le héros, va transporter notre apprenti-sorcier sur les plus hautes voies de la Poésie et de l'Idéal. Il méritera ainsi son nom de Just.

On retrouve, dans cette oeuvre mineure de Sand, les deux aspects de la merveillosité qui l'habite: celle qu'elle doit à ses lectures enfantines avec ses contes de fées, à son Berry avec ses chanvreurs, à ses randonnées en province, active à recueillir l'imaginaire populaire où la rejoindront Nerval, Van Gennep et Saint-Yves.

Mais on retrouve aussi cette exigence bien sandienne de réconcilier, jusqu'au fond d'un manoir enfoui dans la douceur angevine, le Vrai, le Beau et le Bien avec le destin de ses héros. Ainsi, cette Galatée de Jean Goujon, cette soeur éloquente des deux Lélia, cette gracieuse habituée du château de Pictordu, nous présente la résolution de l'enchantement folklorique français et de l'idéalisme sandien.

C'est dans l'Avant-Propos de ses Légendes rustiques, publiées un an après Les Dames vertes, que Sand identifie merveillosité et fabulosité (elle met en italique les deux mots; le second est-il un néologisme de sa création?) à "l'imagination poétique de tous les temps et de tous les peuples." Elle emprunte le premier terme, qui est loin d'être un néologisme, à Jean Gaspard Spurzheim (1776-1832), disciple du célèbre Gall. Ces deux savants, avec Lavater, ont fondé la phrénologie, se posant ainsi comme précurseurs de la psychologie moderne, qui occupe tout le XIXe siècle. Spurzheim, caractérisant, comme son maître, les protubérances du crâne humain en zones d'activités, complète son oeuvre en croyant identifier celle de l'imagination poétique, si développée dans son pays et bien illustrée par les Contes d'Hoffmann. Les Romantiques, et Sand avec eux, l'affirment. "L'Allemagne passe pour être la terre classique du fantastique," écrit-elle dans les Visions de la nuit dans les campagnes. Nicole Courrier et Thierry Bodin nous rappelent, dans leur édition d'Horace, que le médecin genevois David Richard, ami de Sand, fréquentait l'Institut de Phrénologie de la rue Notre-Dame des Champs et l'a initiée à cette science. Pierre Leroux, qui partageait ses intérêts, a publié un Traité de phrénologie.

Dans le "Château de Pictordu," œuvre bien plus tardive de Sand, qui évoque le "besoin qu'éprouvent les gens de la campagne de croire aux choses merveilleuses," il s'agit de la Dame Voilée (autre Dame) qui, d'après le postillon, hante le château. Philippe Berthier, dans son édition des Contes d'une Grand-Mère, commente: "Idée très chère à George Sand, qui l'a souvent développée," quand elle écrit, par exemple, dans les Visions en 1850: "par...


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