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Reviewed by:
Licia Soares De Souza, Utopies américaines au Québec et au Brésil Québec, Les Presses de l’Université Laval, coll. Américana, 2004, xvi-142 p.

Utopies américaines au Québec et au Brésil est le premier livre d'une chercheuse en littératures comparées brésiliennes et québécoises. L'étude figure dans le cadre d'un aperçu socioculturel et historique de ces deux territoires américains : ceux des cultures francophone et lusophone, qui sont, l'auteure le signale afin d'expliciter l'originalité de son travail, « les moins examinées dans les Amériques par rapport à l'anglophone et l'hispanophone, les deux majoritaires ». Souza aborde l'analyse comparatiste de trois paires de romans des années 1930 et 1940 afin de déceler l'apport des tendances utopiques à la notion d'identité dans les lieux respectifs — à savoir, du côté québécois : Menaud maître-draveur (Félix-Antoine Savard, 1937) ; Un homme et son péché (Claude-Henri Grignon, 1933) ; Trente arpents (Ringuet [pseudonyme de Philippe Panneton], 1938) et, du côté brésilien : Mar morto (Jorge Amado, 1936); Terras do sem fim (Jorge Amado, 1942); São Bernardo (Graciliano Ramos, 1934).

Le choix de la période historique particulière relève de deux phénomènes clés plus ou moins contemporains des œuvres sélectionnées (l'un les précédant et l'autre leur faisant suite), à savoir le Manifeste anthropophage au Brésil et le Refus global au Québec, dont le point commun se trouve dans « l'opposition entre ce qui est et ce qui devrait être ou pourrait être » : « les deux se veulent un cri de ralliement contre l'ordre établi, contre la colonisation culturelle ». Dans le cas du Manifeste anthropophage, il s'agit d'un mouvement promouvant l'hybridité dans l'esthétique brésilienne en raison de son multiculturalisme, avancé par Oswald de Andrade en 1928 et inspiré surtout par le futurisme. Le manifeste mettait en relief une métaphore pointue louant le cannibalisme culturel et les nouvelles formes qui en découlent. Les forces productives de l'Autre sont célébrées tout en étant appropriées et reconfigurées. Ainsi, on promeut l'évasion de la culture mère européenne par la parodie et l'humour, incorporant ses traditions en les modifiant au lieu de les refuser. Pour ce qui est du Refus [End Page 95] global, il s'agit d'une œuvre de Paul-Émile Borduas publiée en 1948 dans la mouvance artistique de l'Automatisme. L'œuvre s'inspirait du surréalisme en Europe et refusait la domination assimilatrice issue de l'esprit de la colonisation occidentale. Se révèle ainsi l'idéologie subversive du genre utopique, sur laquelle l'accent est mis dans la recherche de Souza.

Mettant en relief le projet humaniste de civilisation (dit « de [la] liberté et de l'égalité, donc universelle »), l'objectif principal est de poser les textes dont il est question comme quêtes de renouvellement par le truchement de la rencontre interculturelle, entre l'Ancien et le Nouveau monde, qui aboutit en esthétique(s) hybride(s), en transformations perpétuelles. Les œuvres s'alimentent à diverses expériences d'altérité(s) vécues dans les territoires hétérogènes de l'Amérique, faisant état des rencontres qui se heurtent aux dominations violentes des colonisateurs sur les colonisés (l'esprit de l'impérialisme hégémoniste dont se qualifie l'américanisation), et des rapports d'assimilation réciproque menant aux métissages culturels (l'ouverture à l'autre et au multiculturalisme propre à l'américanité).

Importe donc la tension commune qu'éprouvent le Brésil et le Québec face aux conflits ethniques et au mouvement (post)moderniste du « retour au terroir » des années 1930 (un changement significatif dans la poétique de l'utopie, dépassant le nomadisme robinsonnien du récit de voyage afin de mettre en valeur « le principe utopique du roman du terroir où l'ailleurs meilleur se situe dans la terre à cultiver »).

C'est...

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