restricted access L'espace poétique de Gaston Miron (review)
In lieu of an abstract, here is a brief excerpt of the content:

Reviewed by
Claude Filteau, L’espace poétique de Gaston Miron. Préface de Jerusa Pires Ferreira Limoges (France), Pulim [Presses universitaires de Limoges], coll. Francophonies, 310 p., 18€

Ayant pour prémisse que la critique littéraire actuelle s'efforce trop à « déshistoriciser » les écrits de Gaston Miron afin de les « ramener [...] à la poésie pour l[es] y faire rentrer[, c]omme c[eux] d'un "classique" », Claude Filteau, professeur à l'Université de Limoges, propose, dans L'espace poétique de Gaston Miron, de « replace[r] l'auteur de L'homme rapaillé au centre de son histoire ». Pour ce faire, il examine, dans une perspective méthodologique variée (empruntant essentiellement à la stylistique, mais également à la psychanalyse, l'herméneutique, la phénoménologie et la philosophie politique), les différentes versions des poèmes que Gaston Miron a fait paraître dans L'homme rapaillé en 1970, sans toutefois exclure de son analyse d'autres textes mironiens. Je pense à ceux qui ont paru dans les journaux (comme Le Devoir) et les revues (comme Liberté), mais aussi à la correspondance que le poète a entretenue avec son ami Claude Haeffely et aux entretiens qu'il a eus avec divers chercheurs (dont Claude Filteau, Lise Gauvin et Jean Laude). De cette façon, Claude Filteau « défini[t] l'espace poétique de Miron à partir d'analyses fouillées de certains textes qui mettent en jeu de manière "critique" les rapports qui se nouent dans la signifiance du poème entre la poétique, le politique et l'éthique ». Résulte de cette entreprise, que Jerusa Pires Ferreira qualifie de « méticuleuse et [de] prudente[, d']audacieuse et [de] stimulante » dans sa préface, un ouvrage divisé en douze chapitres généralement coiffés d'un titre et d'un sous-titre. Les huit premiers et le dernier chapitres, qui approfondissent la « poétique » mironienne, sont ceux qui m'ont le plus intéressée. Aussi, je les verrai en détail.

D'abord, dans « Miron au présent », premier chapitre de l'ouvrage, Claude Filteau, en plus de contextualiser la poésie mironienne, d'observer l'ordre des poèmes tels qu'ils apparaissent dans L'homme rapaillé et d'expliquer les différentes lectures qui peuvent être faites à partir des éditions successives de cette œuvre, trace les grandes lignes de son étude. Il s'agira, d'une part, de saisir à quel moment Gaston Miron « "trouv[e] son rythme", pour reprendre l'expression d'Henri Meschonnic » et, d'autre part, de prouver que « [l]e "je" personnel [et non pas intime] de Miron trouve sa signifiance dans [une] oralité épique [plutôt que lyrique] », qui n'a d'égale qu'une « quête du "souffle" [...] ne fai[san]t pas de différence entre le vivre et le dire ». Cette quête, Claude Filteau lui donne judicieusement le nom de « rythme-vie-Miron ».

Dans le second chapitre, Claude Filteau fait une lecture du poème « Les siècles de l'hiver ». En observant les vers un à un et en tissant des liens entre différents sèmes précis, il donne à voir ce texte comme le « témoignage d'une sorte d'osmose pathémique entre l'homme et le paysage ». Puis, s'intéressant à l'aspect sonore du poème — ou, en d'autres termes, au « rythme [qui parvient à engendrer] de nouvelles associations paradigmatiques-syntagmatiques » —, il travaille à dégager une « oralité-socialité [End Page 84] » qui fait du « poème épique » mironien une « auto-biographie collective » au sens de Paul Zumthor.

Le chapitre suivant, pour sa part, s'attarde sur le poème « Des pays et des vents », intitulé ailleurs « Héritage de la tristesse ». En un premier temps, Claude Filteau soupèse les valeurs sémantiques, dénotatives et connotatives attribuées au mot « vents », puis il note les « transformations [...] du matériau langagier ». En un deuxième temps, et avec beaucoup d'ingéniosité, il s'appuie sur les théories de Gilles Deleuze, de Félix Guattari, de Paul Ricœur et d'Emmanuel Lévinas pour présenter les « concordances [existant] entre visagéité, paysagéité et...


pdf