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Reviewed by:
  • Une politique de la douleur. Pour résister à notre anéantissement
  • Johanne Melançon (bio)
Paul Chamberland, Une politique de la douleur. Pour résister à notre anéantissement Montréal, vlb éditeur, coll. Le soi et l’autre, 2004, 283 p., 24,95$

Disons-le d'emblée : celui ou celle qui s'attend à lire un essai développant une pensée rigoureusement argumentée qui cherche à démontrer ou à convaincre sera déçu, sinon tout à fait dérouté. Comment faut-il alors aborder Une politique de la douleur ? Paul Chamberland, qui a mis cinq ans à écrire ce texte à partir du « choc éprouvé à la vue de l'extrême danger qui menace l'humanité », indique la piste à suivre : ce livre constitue un effort pour saisir et comprendre le « sentiment de la fin », « un devenir inhumain des hommes ». En même temps, il veut rendre compte d'une « expérience de pensée » qui s'écrit, se rature, se résume, se déploie dans l'urgence de ce sentiment. C'est donc aussi une expérience d'écriture : « Je mets en scène l'écriture et l'écrit. Je ne puis rien faire d'autre pour le moment. » Et si certains passages ont été biffés — « [a]vant ce qui suit, des pages et des pages ont été raturées » —, si d'autres ont été biffés puis rétablis, c'est que « ce que presse de dire le sentiment de la fin ne relève pas de ce discours-là [d'un discours démonstratif] ».

C'est dire que la lecture de cet ouvrage ne va pas de soi. Sa forme même — alternance entre des chapitres bien identifiés et des « transitions » comme autant d'interruptions de l'écriture, répétitions, résumés, adresses directes au lecteur, longues notes — cherche à dire la difficulté d'avancer dans l'expérience de la pensée, veut mimer une pensée « au ralenti » qui a peur de sombrer dans l'abîme à la fin de la phrase. Ce texte dit aussi la difficulté d'écrire pour souligner l'état d'anxiété et en même temps signaler l'impossibilité, à cause du sujet même, de « "composer" un essai nettement ordonné, distribuant et articulant l'un après l'autre, l'un avec l'autre ses topoï majeurs selon une rigoureuse logique d'exposition ». Conscient de la particularité de sa démarche, le poète et philosophe exprime ses préoccupations envers le lecteur, qu'il veut être un interlocuteur « qui éprouve l'"anxiété planétaire" »:

[Le lecteur] est invité à faire sien le parcours accidenté de la pensée telle qu'elle s'est écrite. Il ne le fera que dans la mesure où il y reconnaîtra l'écho, la trace de sa propre difficulté de penser aux prises avec la forte perplexité, voire le vertige que suscite en elle l'extrême menace qui affecte le cours du monde. [End Page 87]

Le parcours n'est pas facile et résumer cet ouvrage ne se fait pas sans risque.

Ainsi, à la suite de l'expression de ce « sentiment de la fin » de l'huma-nité, « L'épreuve du réel » pose un constat : « Tous les hommes sont désespérés ». La pensée s'élabore ensuite à partir de certains concepts ou de propositions : menace de déshumanisation, d'anéantissement de l'huma-nité, danger et leurre du technoscientisme, anxiété planétaire, « nul homme ne doit être humilié », exigence d'un exercice de dégrisement, c'est-à-dire de lucidité, autisme social, et le paradoxe de la posture d'énonciation, soit le « dire singulier d'une universelle désespérance ». Enfin, la réponse à une « politique de la haine et de la colère » qui prévaut dans le monde est une « politique de la douleur » qui implique la nécessité de « reconnaître notre faiblesse » comme « notre commune condition » et pose que « dans la faiblesse, [il y a] une force », la douleur constituant l'élément qui rassemble tous les humains.

Un des principaux obstacles est l'« autisme social », attitude teintée de mauvaise foi caractérisant l'individu qui vit...

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Additional Information

ISSN
1712-5278
Print ISSN
0042-0247
Pages
pp. 87-89
Launched on MUSE
2007-03-27
Open Access
No
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