restricted access Conversation poétique. Correspondance littéraire entre Harry Bernard et Alfred DesRochers (review)
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Conversation poétique. Correspondance littéraire entre Harry Bernard et Alfred DesRochers. Textes établis, présentés et annotés par Micheline Tremblay et Guy Gaudreau Ottawa, Les Éditions David, coll. Voix retrouvées, 384 p., 25$

Signalé par Richard Giguère dès 1990 (Voix et images, vol. 46 , no 6) comme étant l'une des « correspondances importantes » d'Alfred DesRochers, l'échange de lettres entre le poète sherbrookois et Harry Bernard, romancier, essayiste et directeur du Courrier de Saint-Hyacinthe, reçoit enfin dans ce volume la publication intégrale et l'annotation attentive qu'il mérite.

Spécialistes de l'œuvre de Bernard, les deux éditeurs présentent leur édition dans un avant-texte qui raconte l'histoire de leur projet, dresse une liste des principaux correspondants localisés dans le fonds Harry Bernard [End Page 72] de la BanQ (Bibliothèque et Archives nationales du Québec) et commente certains aspects de la correspondance. Suit une chronologie minutieuse de la vie de Bernard, né en 1898, qui incorpore, en caractères gras, les principaux événements de la vie de son correspondant. Les deux auteurs décèdent à quelques mois d'intervalle, DesRochers en octobre 1978 et Bernard en mai 1979.

Leur correspondance contient quatre-vingt-trois lettres écrites par DesRochers et soixante-douze composées par Bernard. Le point de départ est une critique du recueil L'offrande aux vierges folles du poète sherbrookois, que Bernard publie dans son journal de Saint-Hyacinthe le 11 janvier 1929. Vingt ans plus tard, c'est Bernard qui signe la dernière lettre, le 22 janvier 1949. Leur correspondance, qui est exclusivement littéraire, devient de plus en plus familière et finalement intime.

Après un premier échange de compliments, les deux auteurs, qui ne se connaissent pas encore et ne se rencontreront qu'un an et demi plus tard, cherchent à distinguer leurs points de vue : « Notre littérature doit être avant tout canadienne et catholique; [c'est] dans la manière de voir "canadienne et catholique" que nous différons ». Bernard, qui n'a jamais publié de recueil de vers, commence à envoyer des poésies à DesRochers pour avoir son opinion là-dessus. Ce dernier, qui prône une poésie « masculine », approuve les efforts de son correspondant, mais il lui reproche certains jugements contenus dans les Essais critiques qui viennent de paraître : « Je trouve curieux, par exemple, que Blanche Lamontagne reçoive treize pages de texte quand Jovette Bernier [n'a] que deux lignes ». Bernard justifie la sévérité de ses critiques tandis que DesRochers admet qu'il dit « du bien de tous ceux de [sa] génération », ce qui ne l'empêche pas de signaler les déficiences du livre de Bernard. Préférant les allusions concrètes, DesRochers écrit : « Vous employez le mot "conifère" où j'aimerais mieux voir un sapin, une épinette, un pin ou un cèdre ». Bernard riposte : « Je vous admire fort, comme vous savez, mais nous sommes de tempéraments assez opposés. Vous aimez la manière un peu ronde, sonore, à grandes périodes et je voudrais être le poète le plus simple du monde ... ». C'est Bernard qui veut entrer en lice contre Mgr Camille Roy et DesRochers qui lui conseille la discrétion. DesRochers lui propose même de collaborer sur un roman, mais Bernard s'esquive. Les lettres se font plus rares à partir de 1934 lorsque les deux correspondants commencent à avoir des ennuis de santé, et la correspondance cesse peu à peu.

Les notes de cette édition sont abondantes et instructives : elles offrent une description exacte de chaque lettre du fonds Harry Bernard et une réflexion utile (298–299) sur la distinction entre le régionalisme prôné par Bernard et le terroirisme des contemporains. En l'absence d'une bibliographie des études, les principales critiques des œuvres des deux auteurs sont reproduites dans les notes. Ajoutons une petite correction : Charles ab der Halden, auteur français d'origine alsacienne, naquit le 18 juin 1873 à [End Page 73] Roubaix, selon Marie-Andrée Beaudet (Charles ab der Halden...


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