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Reviewed by:
  • Emmanuel Hocquard and the Poetics of Negative Modernity
  • Dominique Rabaté
Emmanuel Hocquard and the Poetics of Negative Modernity. By Glenn W. Fetzer . Birmingham, AL, Summa, 2004. ix + 169 pp. Hb $38.95.

Dans le paysage éclaté de la poésie contemporaine française, l'œuvre d'Emmanuel Hocquard impose progressivement, avec discrétion, son intonation particulière. Sa singularité n'empêche pas, au contraire, qu'il faille la lire dans le contexte des débats menés depuis les années 1970 — mais afin d'en souligner l'originalité. Il reste révélateur que le premier livre qui lui est consacré le soit par un universitaire américain, ce qui n'est que justice rendue au rôle de passeur de la poésie américaine jouée par Hocquard. Le premier mérite du livre de Glenn Fetzer est de proposer un parcours ordonné de l'ensemble des pratiques d'écritures conduites par Emmanuel Hocquard, en les plaçant d'emblée sous le signe d'une 'poétique de la modernité négative'. Cette expression est empruntée à Hocquard qui la définit dans La Bibliothèque de Trieste comme une modernité volontairement appauvrie, résolument anti-métaphorique, et littéraliste. Une modernité qui ne croit plus au progrès ni à l'avant-garde, qui ne se pose pas la question de l'origine, mais qui choisit, dans le sillage de Gilles Deleuze, l'exploration en rhizome d'opérations multiples et discontinues. Fetzer témoigne de ce décentrement en commençant par envisager l'écriture de la fiction chez Hocquard. Ce n'est donc pas par le versant poétique qu'il faut entrer dans l'œuvre, mais bien par l'affirmation d'une 'ligne claire', par le goût maintenu du récit. Les figures de l'écrivain sont ici celles de l'archéologue (mais sans volonté de totalisation) ou du détective, confrontés tous deux à la fictionalité des indices rassemblés. Ce n'est d'ailleurs qu'au terme du livre que la poésie fait retour dans la question du lyrisme mais un lyrisme décalé, 'empirique'. Avant d'en arriver là, Fetzer déplie les moments d'une méthode qui considère d'abord le langage dans sa plus grande banalité comme l'objet du travail d'écriture. La question de la grammaire, posée par Wittgenstein, est ce que doit reprendre inlassablement le fabricant de textes, à la fois comme auteur et comme rassembleur. Fetzer a raison d'accorder une place importante à la question de l'anthologie chez Hocquard, qui y voit une sorte de boîte à outils ou à jouets. La quête d'une 'clarification logique de la pensée' (chapitre 2) passe par une définition stricte de l'énoncé qui doit être dissocié de toute idée de fragment. La phrase détachée de son contexte est en attente de nouvelles connexions qui lui rendent sa capacité à étonner, à créer des moments de stupeur joyeuse. La tabularité du poème est le dispositif par lequel les énoncés sont appelés à ces rencontres inédites. C'est la question du territoire, de la carte qui fait l'objet du troisième chapitre, pour aller vers une 'rhétorique de la perception visuelle' où l'énoncé redouble l'acte photographique, sans se prétendre jamais l'original. Le travail d'Hocquard est solidaire de ceux des peintres et des photographes ou vidéastes. Il recopie ce qui est déjà vu et dit, en le mettant à distance de toute illusion d'immédiateté.

La poésie (mais le mot répugne de plus en plus à Hocquard) tend, comme le montre le chapitre 5, vers le banal et l'anonyme. Elle refuse toute coupure d'avec les 'mots de la tribu'. Le lyrisme dont se revendique la pratique d'Hocquard est alors un lyrisme inversé, un lyrisme de la destination, de l'intention. Et ma haie multiple ainsi les lettres à des proches. Lyrisme de l'intonation qui ne cherche pas à dire une subjectivité mais une singularité, une solitude à la fois banale et insistante dans l'adresse qu'elle tourne vers autrui. Fetzer...

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Additional Information

ISSN
1468-2931
Print ISSN
0016-1128
Pages
pp. 287-288
Launched on MUSE
2007-01-10
Open Access
No
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