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L'Esprit Createur 46.3 (2006) 35-39



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La Loi, la justice, le droit

Université d'Artois

Je définis la Révolution, l'avènement de la Loi, la résurrection du Droit, la réaction de la Justice »1 . Cette célèbre formule, qui ouvre l'Histoire de la Révolution française de Michelet, montre le caractère central du concept de justice dans son œuvre. Si la justice est le principe même de la Révolution, c'est parce que celle-ci se présente comme l'aboutissement de toute l'histoire humaine, son apothéose. Dans toute son œuvre, l'historien revient toujours à ce concept, infléchi de plus en plus dans le sens d'une véritable mystique de la fraternité.

« La réaction de la justice »

Dans l'histoire de France selon Michelet, la justice est d'abord une absence, une aspiration insatisfaite, trahie par l'Église qui a mis l'Amour à la place de la Loi (Révolution 1:54). En croyant la sauver dans une religion politique, on l'a seulement réifiée. Sorti de la justice, on ne peut que descendre dans l'arbitraire.

Voilà où tombe la justice ! [...] Triste histoire ! Au Moyen-Âge, elle est matérielle, dans la terre et la race, dans le fief et dans le sang. Le seigneur, ou bien celui qui succède à tous, le seigneur des seigneurs, le Roi, dit : « La justice est à moi, je puis juger et faire juger ; par qui ? N'importe, par mon lieutenant quelconque, mon domestique, mon intendant, mon portier [...] Viens, je suis content de toi, je te donnerai une justice ». Celui-ci en dit autant [...] La justice passe de main en main, comme un effet de commerce, elle passe en héritage, en dot. [...] Hérédité, vénalité, privilège, exception, voilà les noms de la justice
(Révolution 1:321).

La déchéance des écoles, l'ignorance et la routine des tribunaux, la corruption des gens du Roi, des parlementaires, des juges, en découlent. La grâce au ciel, la faveur ici-bas—« la tyrannie au nom de la grâce »—voilà à quoi se résume la justice de l'Ancien Régime. Pour qu'elle revienne de cette double proscription, il faut qu'elle reprenne conscience de son droit. L'histoire cependant lui ménage une éclatante revanche. Cette conscience, éveillée, lentement, pendant six cents ans de tentatives religieuses, et dont Montesquieu, Rousseau, Voltaire sont les « témoins », éclate en 89. La Révolution est ce « jour du jugement », où advient « le Droit ajourné », cette « réaction tardive » de la justice (Révolution 1:30-33). Comme dans l'eschatologie chrétienne, elle se produit dans le temps, mais dans sa vérité (la fête des fédérations) elle suspend le temps, elle est une apothéose. Historique dans sa genèse et sa manifestation, [End Page 35] son avènement est celui d'un principe éternel : « Justice, ma mère, Droit, mon père, vous ne faites qu'un avec Dieu […]» (Révolution 1:76).

La Déclaration des droits de l'homme manifeste cette justice. Il ne s'agit point, comme en Angleterre, d'une Pétition de droits, ni, comme en Amérique, de principes acceptés a posteriori, mais du « credo du nouvel âge » (Révolution 1:204), imposé par l'autorité de la raison absolue. En elle se taisent les oppositions de partis. En elle, le drapeau de la France rallie les nations, et, « reconnu pour le drapeau commun de l'humanité » (Révolution 1:206), devient invincible. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est universelle dans son principe : les « logiciens de l'Assemblée constituante » n'inventent rien ; ils ne font que formuler une vérité analogue à celle des mathématiques.

Le peuple toujours juste

Ce droit, cette justice, c'est dans la voix du peuple que l'entend Michelet. Contre la justice dévoyée, le peuple est le seul recours. En 89, lui...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 35-39
Launched on MUSE
2006-09-26
Open Access
No
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