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L'Esprit Createur 46.3 (2006) 86-93



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Michelet et la presse

Dartmouth College
« la presse sauva la France »1

Dès l'année 1789, la presse est entrée pleinement au cœur de la vie politique de la nation, un rôle qui lui avait été interdit pendant l'Ancien Régime. Marat, pour ne citer qu'un exemple, est parmi les plus militants ; il se veut « l'œil du Peuple » et son guide ; il assume le rôle de combattant au nom de la patrie, dénonçant les ennemis de la liberté et les abus du pouvoir (23 sept 1789). Le rôle dominant qu'a joué la presse pendant les révolutions de 1789, de 1830, et de 1848, a été de mettre en scène les conflits sociaux et politiques qui ont donné forme à la société bourgeoise surtout dans la première moitié du XIXe siècle. Les partis politiques et l'organisation des mouvements de masse étant à leurs débuts, les journaux constituaient un des moyens les plus efficaces pour articuler les intérêts collectifs, pour faire le pont entre la politique—réservée à l'élite—et les demandes de représentation démocratiques, par une circulation de plus en plus répandue des imprimés. Les journaux ont servi à la fois d'instrument de construction de l'hégémonie culturelle de la bourgeoisie et à sa subversion.

Conscient du danger que représentait une libre presse, Napoléon Bonaparte l'a asservie ; il n'a vu dans la presse qu'un moyen de gouvernement et de propagande. Retour à l'Ancien Régime ou annonce des pouvoirs totalitaires du XXe et du XXIe siècles ? En fait, tous les régimes successifs entre le règne de Napoléon I et la Troisième République ont cherché à contrôler la fonction critique de la presse.

Jules Michelet, comme la plupart des opposants au pouvoir autoritaire, révère la presse comme un instrument capable de signaler les abus du pouvoir, de disséminerles valeurs républicaines et de fonder une culture commune à tous les Français, une « communauté de la pensée » (Cours 2:269). Il attribue donc au journalisme une double fonction : exprimer les griefs de la nation et former l'opinion publique comme garant des valeurs républicaines, ou « radicales » comme on disait. Il ne s'agit pas de transformer l'ordre social, mais d'amener un ordre moral, délivré de la tyrannie et de la superstition. Il tient donc à défendre sa liberté d'expression : « La libre presse de la France, le libre enseignement de la France, c'est la voix, l'organe, le soupir de tant d'hommes qui souffrent [...] l'organe de la liberté, la voix du monde »2 . Pour l'historien, toute contrainte imposée à la presse est une atteinte aux valeurs [End Page 86] révolutionnaires et provoque son indignation comme un crime de lèse-république.

Malgré les contraintes imposées, la presse a pourtant connu un essor inégalé au XIXe siècle. La culture de l'imprimé s'est étendue, facilitée par le progrès politique ainsi que par le progrès économique et technique dans la fabrication des journaux et leur transformation autant dans le fond que dans la forme. La lente évolution vers la démocratie et l'élargissement de l'électorat au suffrage masculin universel en 1848 ont favorisé le rayonnement des idées dans toutes les couches de la population.

Michelet a constaté les effets néfastes du contrôle de la presse lorsqu'il travaillait dans l'imprimerie de son père avant même d'entrer au lycée Charlemagne. En 1811, Napoléon Bonaparte a sévèrement réduit le nombre des imprimeurs à Paris, supprimant l'imprimerie Michelet, pour des raisons d'état pendant la guerre qui continuait entre la France, l'Autriche et l'Angleterre. Michelet père a dû abandonner le métier. L'historien explique qu'il a grandi pendant le premier Empire...

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Additional Information

ISSN
1931-0234
Print ISSN
0014-0767
Pages
pp. 86-93
Launched on MUSE
2006-09-26
Open Access
No
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