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Eighteenth-Century Life 25.1 (2001) 101-115



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Réflexions sur une "erreur séduisante":
La Religieuse de Rivette

Alain Ménil


On ne peut s'empêcher d'éprouver une gêne ou un étonnement profond devant ce film de Rivette qui demeure très certainement, histoire des circonstances oblige, son film le plus célèbre, à défaut d'être très bien connu: rien ne semble le rattacher, si ce n'est thématiquement, à l'ensemble de son œuvre. C'est peu dire qu'il contraste fortement avec le reste de l'œuvre, au regard des attentes suscitées par les œuvres ultérieures, ou confronté à leurs zones d'expérimentation. On pourrait, certes, s'amuser à défendre ce film contre les jugements sévères que le cinéaste aura à de multiples reprises porté sur son propre travail, à chercher combien il est cohérent avec son œuvre, à l'insu même de son auteur, et contre son jugement. Mais non, quelque chose résiste fortement, et empêche de se plier à ce jeu: sans prédécesseur, ce deuxième film est également sans suite. Et ce qui ne pouvait apparaître--et pour cause--aux contemporains de l' "affaire" (la censure, l'atteinte aux droits de la création, etc.) semble au contraire devenir, au fur et à mesure que l'on avance dans la connaissance de l'œuvre rivettienne, un cas isolé, une brillante exception, une singularité énigmatique. Non que cette œuvre soit par elle-même inclassable: La Religieuse ne l'est pas quant à l'histoire du cinéma, mais c'est précisément par ce qui l'apparente si souvent à ce que Rivette dit avoir refusé ou voulu éviter. Les indices ne manquent pas d'un certain étonnement de la critique--jusque dans les commentaires discordants qu'elle fait entendre concernant la qualification des choix revendiqués par Rivette; 1 ni de la part du réalisateur, qui rappellera souvent, à l'occasion des interviews qu'il aura pu donner tout au long de sa carrière, combien l'expérience de La Religieuse lui a laissé un goût amer, du moins d'une ambiguïté sans équivoque. Ce film, bien qu'il ne soit ni imposé par un producteur (Rivette l'a voulu, comme il a désiré se lancer dans la mise en scène théâtrale de l'adaptation de Jean Gruault), ni trahi (il n'en a pas été dépossédé, comme il le sera par la suite pour plusieurs d'entre eux), paraît peu rivettien.

La Religieuse: un démenti aux principes professés tant par Rivette critique que par le Rivette cinéaste que nous connaissons? Une expérience qui se montre peu concluante, faute d'avoir été bien engagée, comme il le suggère, en rappelant combien fut difficile sa gestation, et ratée la première étape de ce projet, à savoir la mise en scène du texte de l'adaptation signée par J. Gruault? Sans doute; et à première vue, il s'agirait de ce qui, dans le film, fait signe avec évidence vers une certaine conception de la théâtralité, que Rivette pense avoir contribué à défaire, précisément dans [End Page 101] ses films ayant affronté directement le théâtre. Mais n'est-ce pas plutôt dans cet évitement du théâtre originel d'où procède le film, que réside le sentiment pour nous d'une glorieuse impasse? Adaptation d'une adaptation, quelque chose se serait perdu de la scène lors du passage au film, et qui n'existait peut-être qu'imparfaitement au théâtre, si l'on en croit les témoignages de Rivette lui-même.

Un autre motif d'étonnement est fourni par le choix et les modalités de l'adaptation de ce texte de Diderot: la rareté d'un tel procédé chez Rivette mérite d'être souligné, tant elle contraste avec la stratégie d'emprunts qu'il pratiquera d'habitude, où les œuvres...

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Additional Information

ISSN
1086-3192
Print ISSN
0098-2601
Pages
pp. 101-117
Launched on MUSE
2001-03-01
Open Access
No
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